La Butte d'Anyokan

« La falaise de Tigidit s'étend en arc de cercle sur 200 km environ. A l'ouest, elle se disloque par fractures, et est recouverte par les sables du Tegama et les sables alluviaux venus de l'Aïr. A l'est, elle s'abaisse et disparaît sous les sables éoliens de la terminaison occidentale du Ténéré. La cuesta proprement dite est constituée de grès peu résistants dont les grains se dissocient facilement. Cela lui donne un aspect ruiniforme avec avancées et buttes-témoin en clochetons, comportant d'abondants éboulis dont les éléments les plus gros sont vite disséqués et étalés en glacis. Le sommet de la falaise est marqué de façon continue par des grès patinés et par une altération superficielle de type ferrallitique. Cette altération est caractéristique des sommets dans les grès du Tegama et des buttes conservées le long des lignes de fractures : Anyokan, Shin Afaret, Azuza, Teleginit » (Poncet 1983).

Reg du plateau« Le bassin lui-même (l’Ighazer) est une dépression périphérique classique, constituée pour la plus grande part de formations argileuses et argilo-sableuses du Continental intercalaire (les argilites de l'Eghazer), de formations sableuses et gréseuses de la même période (les grès d'Agadez). Il est traversé par un important jeu de fractures quasi-orthogonales et dominé par endroits par les buttes-témoins des grès du Tegama qui en constituent les rares accidents remarquables (Azuza, Anyokan, Teleginit) (Poncet 1985)

« Un réseau de fractures parallèles, de direction sud-ouest/nord-est : sur leurs tracés se sont conservés des massifs des grès du Tegama (Anyokan, Azuza, Teleginit entre autres) (Bernus et al. 1984).
« Des accidents tectoniques, en particulier des lignes de fracture orientées est-nord-est/ouest-sud-ouest ont conservé, à l’intérieur du bassin, des buttes-témoins de la formation ultérieure des grès de Tagama (buttes d’Anyokan, de Teleginit, d’Azuza) et des boutonnières des grès d’Agadez (Azelik et Aboy) (Poncet 1986).

Ces définitions, pour l’essentiel issues des travaux autour du PAU d’In Gall et Tegidda n’Tesemt et de la RCP 322 dans les années 80, précisent que le site d’Anyokan est donc une butte témoin d’un relief de cuesta, isolée dans la plaine de l’Ighazer. Elle se situe à 20 km d’In Gall, plein nord le long de la piste récente d’Azelik.

« Les massifs, de la région d’In Gall apparaissent (sur les images satellitaires) en noir très contrastant en raison des patines recouvrant les roches dénudées et les éboulis. Cette patine et ce faciès très sombre sont caractéristiques de la formation la plus ancienne des grès du Tegama : on les retrouve sur les buttes-témoin d’Azuza et d’Anyokan » (Poncet 1986). Le sommet de la butte est donc recouvert d’un reg où la roche est fortement patinée, noire, résultat d’une mobilisation ferrugineuse sous l’influence climatique.

La butte d’Anyokan s’intègre grossièrement dans un losange de 1500 mètres de côté, parfaitement orienté nord-sud. La surface sommitale représente près de 2 km². 85 % de l’eau de la pluviométrie qui tombe sur Anyokan ruisselle dans un oued principal qui débouche plein nord près du puits pastoral, séparant ainsi la montagne en deux zones comme deux ventricules, l’oriental légèrement plus important en surface. Les eaux restantes ruissellent en direction opposées vers le sud. Ainsi les altitudes les plus élevées se retrouvent sur les bords oriental et occidental de la montagne d’où naissent tous les petits ruissellements. Les faces orientales (60% de pente) et occidentale (en falaise véritable par endroit) de la butte sont également les faces les plus abruptes. A leurs pieds, naissent des glacis sablonneux, tandis que sur les faces sud et nord le glacis est argileux. Ainsi, les faces opposées de la montagne d’Anyokan fonctionnent de façon similaires, les unes en pentes modérées débouchant sur un glacis argileux, les autres en pentes abruptes formant un glacis sablonneux résultat de l’intense érosion sur ces faces. Sur la face nord, d’autres grès plus récent et donc sans patine noire et plus bas en altitude sont encore affleurants, résultat sans doute d’une dureté plus importante dans cette zone gréseuse matérialisée par une fracture nette immédiatement au nord du puits pastoral.

Enfin, la butte d’Anyokan est incluse dans un demi-cercle de marécage qui s’étendent du nord-ouest ou sud-est, bien entendu cette zone n’est humide que pendant la saison pluvieuse.


Les implantations humaines

Atlas du PAUOn accède au plateau rocheux par la face nord, la plus praticable car ici le plateau s’affaisse depuis les bords occidental et oriental pour former une pente d’où descendent des oueds pauvrement enherbés. Les chaos rocheux et autres ensablements permettent, le long de cet oued principal, à la saison pluvieuse, que quelques « aguelman » ou retenues d'eau se succèdent en paliers d'amont en aval dans la dépression qui incise la butte en son milieu. (Bernus et al. 1984). Avant que l’oued n’aille se perdre dans la plaine, un puits pastoral, construit par les anciens « Kel Iru », est toujours fonctionnel.

En avançant vers le nord, on découvre une nécropole d’une vingtaine de tombes quadrangulaires ; certaines possèdent un élément intérieur pouvant être une stèle. À l’est de cette nécropole une mosquée est reconnaissable à sa qibla mais surtout à son découpage intérieur en allée de prières séparées par des piliers. Sans nul doute elle fut couverte et il est étonnant que les équipes du PAU n’en est pas fait une description plus approfondie compte tenu de sa similitude d’avec les établissements soufis de la période In Teduq, Edmond Bernus notant seulement que c’était un lieu de pèlerinage fréquenté par les Touareg (Poncet 1983). Quelques tombes en navettes, très actuelles pour cette zone sont également présentent au nord de la nécropole mais également entre la nécropole et le puits. Toujours un peu plus au nord, on découvre une autre mosquée, moderne celle-ci, ceinte d’une clôture. Sur la face orientale, le mihrab semble détaché du mur de qibla, les travées de prières sont couvertes. Ce n’est pas une très grande mosquée, 7 mètres de longueur, mais elle marque bien l’usage toujours vivant de ce lieu comme lieu de pèlerinage, puisque les mosquées couvertes en banco en pleine brousse sont des plus rares.

Progressant encore vers le nord, se situe le site néolithique inventorié par le PAU ; « IG 3 Anyokan : vaste site néolithique saharien (D.G. 201) » (Poncet 1983). Grébénart en fait un site contemporain de celui de Orub, un néolithique saharien au milieu du second millénaire avant notre ère (Grébénart et Poncet 1985).

Tout autour de la montagne, sont parsemés sur le glacis d’autres éléments le plus souvent funéraires. Des tombes en navettes très certainement actuelles ou subactuelles, des monuments quadrangulaires vraisemblablement du début de la période islamique, deux monuments circulaires dont la fonction funéraire reste à confirmer. Enfin, on notera à l’ouest de la montagne une nécropole plus hétérogène dans les formes des sépultures, ainsi que deux puits qui ont été foncés mais certainement sans atteindre l’eau puisque aucune trace de bétail autour ne montre qu’ils sont fonctionnels. D’autres tentatives de fonçages de puits ont également eu lieu au nord-est de la butte, non loin d’une petite case en banco.

Enfin, tout au long de la route qui mène à Azelik sont parsemées des petites mares, résultat du labeur des engins mécanisés creusant ces dépressions pour aplanir la voie uranifère construite par les entreprises chinoises, afin d’extraire de la plaine le précieux « yellow cake » d’Azezlik ! On notera également tout au nord de notre terrain d’étude une zone de demi-lune dont la fonction première est de retenir l’eau, mais dont le résultat semble bien maigre.

Finalement, un certain nombre d’autres structures sont difficiles à identifier, et seule une visite de terrain pourrait confirmer que ce sont bien des structures d’implantation humaine, ou simplement des artifices naturels qui trompent l’œil du satellite.1.plangénéral


Les tumulus

494 tumulus ont été recensés sur la butte, dont 16 aux alentours. Ces derniers seront parfois expurgés de nos statistiques afin de disposer d’un échantillon homogène, seront néanmoins retenus ceux qui sont au pied de la montagne elle même.

La densité de monuments sur la butte d'Anyokan est donc d’environ 240 monuments au km², ce qui en fait une des plus importante concentration de monuments dans la plaine de l’Ighazer et même dans le massif de l’Aïr. A l’évidence, ceci est favorisé par le fait que la butte est le seul véritable relief dans cette partie de la grande plaine qui dispose du matériel lithique adéquat, les premiers restes des falaises de Tiguidit étant a minima à 20km au sud-ouest. La recherche de bâtisseurs de tumulus de pierres pour construire leur tombeau est déjà un premier élément de cette culture funéraire qui a donc favorisée ce matériel, car dans d’autres zones de l’Ighazer ont été érigés des tertres qui donc n’utilisent pas de pierre ou très peu. Dix de ces tertres sont d’ailleurs recensés autour de la butte.

80 % des monuments sont implantés sur un support rocheux, ce qui n’étonnera pas, 14% sur un support argileux essentiellement au pied de la butte et aux alentours. Enfin, quelques monuments sont sur un support sableux, notamment sur le plateau où ils paraissent aujourd’hui dans le lit des écoulements primaire du plateau qui vraisemblablement se sont formés après l’implantation du tumulus (leur support est donc à l’origine rocheux). Trois séries de 3 à 5 tumulus sont d’ailleurs à la suite les uns des autres dans un même écoulement. Dans la dynamique de l’érosion, il n’est pas impossible que, après la construction d’un tumulus, ce dernier faisant un peu comme un obstacle au ruissellement, l’eau le contourne de part et d’autres pour se rejoint formant ainsi le prémisse d’un écoulement pouvant se transformer en un petit oued.

80 % des monuments se situent sur le plateau, moins de 12 % à son pied. Les tumulus au pied du plateau rocheux sont le plus souvent sur un support argileux, bien qu’ici il faille être prudent dans l’interprétation des images satellites, les seules couleurs pouvant être trompeuses. Par ailleurs, leur typologie y est souvent très difficile à préciser.

Figure 1 : nombre de tumulus par type

nb tumulus

Enfin, il est défini différents types de tumulus selon l’observation faite avec l’image satellite et on prendra bien entendu le recul nécessaire à cette interprétation du type de monument, compte tenu de la qualité somme toute médiocre des images satellites des fournisseurs d’images grand public comme Bing et Google, sachant que pour la butte d’Anyokan, les images de Bing sont exploitables sur toute la surface ce qui n’est pas le cas pour les images de Google. Quatre types ont été définis :

- le ‘tumulus à cratère’, très repérable sur bon nombre de monuments mais sujet à interprétation sur d’autres, l’œil plus ou moins aguerri ose sans doute des interprétations au fil des visionnages d’images,
- le ‘tumulus à cratère blanc’ ou ‘tâche blanche’ en son centre (photo 2021_anyokan_12), qui à l’évidence est le résultat d’une accumulation de sable éolien dans un cratère, mais là aussi le cratère reste à confirmer, mon sentiment est que cela est sans doute vérifiable sur un grand nombre de monument mais des tumulus tronconiques peuvent aussi avoir une petite accumulation de sable éolien, par ailleurs on n’observe pas de répartition préférentielle de ce type de monument, par exemple sous les vents dominants, ce qui interroge sur cette dynamique d’accumulation éolienne,
- le ‘tumulus simple’, lorsque je n’ai pas pu discerner de cratère, mais au vu de quelques photographies on peut penser qu’il y a également quelques tumulus en calotte de sphère (photo 2021_anyokan_11),
- le ‘tertre’ de terre le plus souvent argileuse, on le repère du fait qu’autour de son périmètre la couleur s’estompe peu à peu comme si la terre ruisselait lentement, alors que la limite d’un tumulus de pierre est le plus souvent très nette,
- enfin ceux qu’on ne peut distinguer suffisamment pour les typer sont classés dans les ‘indéterminés’.

On notera pour finir, la remarque du PAU sur la butte d’Anyokan ; « IG 2 Anyokan : très nombreux tumulus, plusieurs centaines, répartis sur toute la surface sommitale de la butte d'Anyokan, soit environ 300 hectares (un peu surestimé). Parmi ces tumulus, plusieurs bazinas. » (Poncet 1983). A l’évidence, il est impossible de repérer ces bazinas sur les images satellites ici exploitées.

Je ne m’étendrais pas ici sur les tertres qui d’une part sont peu nombreux et situés en dehors du plateau gréseux, mais sont aussi à replacer dans un cadre plus large en Ighazer puisqu’ils semblent constitués un type de monuments inféodé à la plaine argileuse.

1/5ème des monuments sont pour l’heure indéterminés, ce qui n’est pas anodin et constitue donc une limite aux interprétations ci-dessous. Néanmoins, leur répartition géographique coïncide très bien à celle de l’ensemble des monuments, ce qui statistiquement ne devrait pas impacter les résultats. 55 tumulus sont de type ‘simple’ soit 11 %.

Les tumulus à cratère et à cratère blanc représente 35 et 30 % de tous les tumulus. Si l’on considère que ce sont tous des tumulus à cratère cela en fait évidemment le type très dominant des monuments funéraires de la butte d’Anyokan.


Indice du plus proche voisin

Le tableau ci-dessous présente les indices obtenus après une analyse au plus proche voisin. Il est regardé différente configuration, mais ce qui intéresse est bien entendu l’agencement des tumulus sur le plateau rocheux et son pied, qui constitue un échantillon homogène. Cet indice est de 0,69 ce qui montre une tendance à la clusterisation et si l’on ne retient que les éléments du plateau elle devient moins flagrante à 0,80, signalant que sur le plateau la clusterisation toujours présente et néanmoins moins nette. Culturellement, cela signifie qu’il peut être émises des hypothèses pour une interprétation à ce phénomène, le plus souvent sociétale, à ce que certains tumulus se retrouvent en proximité, apparentement familial, tribal, ou habitude d’une époque ?

Selon le type de tumulus, la clusterisation est encore moins nette mais reste toujours inférieure à 0,80. Le type de monuments ne semble donc pas être un critère qui compte dans la définition d’un cluster.

Tableau 1 : indice du plus proche voisin selon le type et le support des tumulus

tous plateau + pied plateau à cratère blanc à cratère + blanc simple indéterminé
nombre
494 469 392 174 148 55 106
indice
 0.69 0.66 0.80 0.79 0.75 0.76 0.80  0.80

La taille des tumulus

La moyenne et la médiane du diamètre des tumulus sont autour de 7 mètres, ce qui n’en fait pas des monuments exubérants, mais néanmoins qui nécessitent un volume de pierre d’environ 10m3. La moitié des monuments sont d’ailleurs compris entre 6 et 8 mètres de diamètre ce qui en fait un ensemble somme toute assez homogène dans les tailles.

En attente d’une meilleure identification des type de tumulus, on ne relève pas de spécificité sur les tumulus supérieurs à 10 mètres, que se soit dans la répartition géographique ou dans leur typologie. Pour les plus petits monuments inférieurs à 4 mètres, ils se concentrent sur la partie nord du plateau et sont pour l’essentiel des tumulus à cratère blanc sinon des indéterminés, ce qui nous est confirmé par les moyennes basses de ces deux types de monuments.

Les ‘tertres’ sont les plus grands monuments mais relativement peu nombreux. Les tumulus ‘simple’ et à cratère font apparaître une fréquence plus élevé que la moyenne pour les monuments supérieurs à 8 mètres, à la différence des ‘à cratère blanc’ qui ont une fréquence surélevé dans les petites tailles. Cela peut nous enjoindre à différencier les tumulus à cratère et ceux à cratère blanc, ou alors il faut admettre que les petits tumulus à cratère sont plus susceptibles d’accumuler du sable éolien, et donc leur répartition non typique au sein du plateau gréseux trouve ici un écho.

Tableau 2 : moyenne et médiane du diamètre des tumulus

Type tertre simple à cratère
indéterminé blanc
moyenne
8.4 8.2 7.6 6.8 6.5
médiane
 7.1 7.8 7.2 6.5 6.4

La répartition géographique

Même s’il y a une répartition préférentielle en cluster sur la butte d‘Anyokan, force est de constater que tout le plateau contient des tumulus et on note quand même une répartition assez homogène. Seule une zone, en tête de l’oued principal qui coupe le plateau en deux, en semble dépourvue, l’image satellite nous incitant à la voir plus sablonneuse et donc érosive, n’intéressant donc pas les constructeurs de tumulus. De la même manière, les tumulus sont présents sur tout le pourtour de la butte, rarement à plus 50 mètres du bas de la falaise. On peut donc en conclure que l’ensemble de la butte est utilisée par la culture funéraire d’Anyokan.

La carte de densité des monuments nous montre clairement que leur répartition se fait autour de deux positions principales au nord-est (hot-spot 1) et nord-ouest (hot-spot 2) du plateau, ce dernier étant le plus important des deux. Ce sont les zones hautes les plus accessibles du plateau, lorsque l’on y pénètre par la voie nord qui est la plus facile, qui accueillent donc le plus grand nombre de tumulus. En faisant varier le rayon1, des clusters plus réduits se dessinent toujours sur les même zones.

Les cartes de chaleur par type de monuments montrent surtout que les clusters de monuments à cratère blanc sont répartis sur tout le plateau de manière assez équitable, ce qui n’est pas le cas des autres types de tumulus. Les tumulus simples se répartissent bien entre les deux hot-spot identifiés plus haut, alors que les tumulus à cratère se concentrent assez fortement sur le hot-spot 2. On peut donc conclure que les tumulus à cratère ont une zone préférentielle d’installation sur le plateau, se distinguant ainsi fortement de l’ensemble des tumulus de la butte. Les tumulus simples se répartissent très en lien avec la dynamique des deux hot-spot, tandis que les monuments à cratère blanc exploitent toute la surface de la butte et de ses abords.


Datations

tumulus à cratère (vue satellite)Danilo Grébénart fait un lien entre Anyokan et le site d’Orub, car s’il les classe tous les deux dans le néolithique saharien, sur une critériologie essentiellement faite sur la céramique, il y a recensé un type de décor typique de ces deux sites ce qui les rend très certainement contemporains. Le site d’Orub a été daté sur des charbons de bois associés à une figurine anthropomorphe vers 1440±100 BE (Grébénart et Poncet 1985). Globalement, Grébénart situe le néolithique saharien entre 2500-500 BE incluant ainsi ce qu’il nomme le cuivre I.

Cette période coïncide bien avec celle des tumulus à cratère datés par François Paris dans son étude sur les sépultures néolithiques du Niger qui s’étalent de 2500 BE au début de l’islamisation, mais avec une densité de datation bien plus conséquente sur la période 2000-0 BE (Paris 1996). On notera en particulier qu’un grand nombre de ces datations sont obtenues sur le site d’Iwelen au nord de l’Aïr qui recense également des tumulus tronconique et des tumulus simples.

La butte d’Anyokan est également mise en relation avec deux sites plus au sud près des falaises de Tiguidit pour la présence d’un gros matériel lithique ressemblant à un coin à fendre le bois : IG39 - Toruft : vaste site néolithique saharien de 100 m de diamètre environ, AG23 - In Abakat : vaste site néolithique saharien ; scorie de cuivre, (Grébénart et Poncet 1985). On notera la présence de scorie de cuivre à In Abakat comme à Anyokan, mais sans fourneau de réduction du minerai, situation qui semble similaire à celle d’Iwelen, des scories sans fourneaux. On sait par ailleurs que les populations d’Iwelen sont utilisatrices de ce cuivre au moins pour les pointes de leurs lances que l‘on retrouve dans les gravures rupestres.

In fine, François Paris fini par rassembler à Iwelen les tumulus à cratère, tronconiques et simples du fait qu’ils possèdent un matériel funéraire quasi identique et que les datations le sont également (Paris 1996).


La culture funéraire d’Anyokan

François Paris, dans son étude sur les sépultures nigériennes, donne une répartition des tumulus à cratère réduite essentiellement à l’Aïr oriental autour du site d’Iwelen (Paris 1996). Avec la butte d’Anyokan force est de constater que cette répartition s’étend au moins jusqu’à l’ouest de la plaine de l’Ighazer et semble avoir comme limite méridionale les falaises de Tiguidit où les images satellites nous montrent leur présence, certes éparse, mais non anecdotique.

La butte d’Anyokan est pleinement utilisée comme nécropole, on peut même dire que c’était probablement un lieu de sacralité pour les populations, au vu du nombre mais aussi de l’exclusivité de l’implantation des tumulus dans un rayon d’au moins 20km, peut-être un lien entre la plaine et les astres ! Pour ces populations post-néolithiques, il n’était donc pas possible de répondre à leurs rites funéraires sans matériel lithique, qui semble le seul digne pour leurs défunts.

L’implantation des monuments funéraires sur cette montagne, c’est néanmoins faite de manière différenciée au cours du temps, en témoigne une certaine clusterisation des sépultures avec néanmoins un espacement de quelques dizaines de mètres entre les tumulus. Cette clusterisation n’est pas dépendante du type de tumulus qui ne semble donc pas un critère qui compte dans la construction d’un cluster, tendant ainsi à nous dire que la culture funéraire d’Anyokan utilise de manière différenciée ces différents type de construction. Peut-être d’ailleurs plus par habitudes ou époques que d’une manière plus sociologique.

Si la clusterisation ne semble pas différenciée selon le type de monuments, l’implantation géographique de ces types elle l’est bien, nous incitant ainsi à reconnaître à travers cette différenciation, des moments différents d’implantation ou des cultures funéraires successives ou contemporaines auraient utilisée la petite montage. Il est néanmoins impossible au vu des ces quelques données de proposer une temporalité.
Au vu des éléments de datation et des similitudes entrevues d’avec le site d’Iwelen, il est évidemment tentant de rapprocher les sites à tumulus à cratère comme Iwelen et Anyokan, éloignés de près de 400km. Ces similitudes nous indiquent assez clairement qu’il peut y avoir donc une contemporanéité entre les deux sites autour du milieu du second millénaire avant notre ère. Les datations les plus anciennes sur des tumulus à cratère ou simples sont toutes situées au nord de l’Aïr, aucunes n’est dans la plaine de l’Ighazer, ce qui donne a priori une antériorité de ces types de monuments au nord de l’Aïr et donc sans doute une extension vers la falaise de Tiguidit à partir de la seconde moitié du deuxième millénaire avant notre ère.

catalogue des monuments (novembe 2021)

qgis format .csv .gpkg (novembe 2021)


Références

Bernus E., Bernus S., Cressier P., Gouletquer P., Poncet Y. 1984 – Programme archéologique d’urgence 1977-1981 : 1- Introduction : méthodologie-environnements, Études Nigériennes no 48, IRSH.
Grébénart D., Poncet Y. 1985 – Programme archéologique d’urgence 1977-1981 : 2- Le néolithique final et les débuts de la métallurgie, Études Nigériennes no 49, IRSH.
Poncet Y. 1983 – Programme archéologique d’urgence 1977-1981 : 0- atlas, no Etudes Nigériennes, IRSH, 47.
Poncet Y. 1985 – Télédétection et archéologie à échelle régionale : une opération sur les données Landsat, ArchéoSciences, revue d’Archéométrie, 9 (1), p. 7‑18.
Poncet Y. 1986 – Images spatiales et paysages sahéliens, ORSTOM, 255 p.