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    Les Dinosaures et autres vertébrés fossiles

    Les populations humaines vivant autour de la falaise de Tiguidit connaissent intimement leur territoire : chaque kori, chaque pâturage, chaque relief leur est familier. Depuis longtemps, elles savent qu’en certains endroits très particuliers, dans les argiles et les grès, se trouvent des ossements géants qu’elles ne reconnaissent pas dans la faune actuelle. Le géologue français Fernand Chudeau est le premier, en 1907, à identifier ces ossements comme des fossiles, lors d’une tournée au sud de Marandet (Chudeau, 1909).

    C’est au capitaine Archier, dans les années 1930, que l’on doit la découverte des localités du Tamesna. Il a également découvert plusieurs ossements de dinosaures recueillis, d’une part, à In Abangarit par l’adjudant Pouillet, et d’autre part, au sud d’Agadez par le capitaine Mareschal (Lapparent, 1958). De décembre 1953 à février 1954, Lapparent, dans une mission organisé par Archier, parcourt la série du Continental intercalaire au Niger avec l’aide des géologues Greigert et Joulia. C’ets à cette occasion qu’Albert-Félix de Lapparent reconnaît ces fossiles comme des restes de dinosaures (Lapparent, 1958).Plusieurs localités importantes renfermant des dinosaures sont alors découvertes et étudiées dans cette région.

    Grâce à une succession prolongée de dépôts continentaux, le Niger offre une occasion exceptionnelle d’étudier, dans un espace géographique relativement restreint, une vaste série de faunes de vertébrés fossiles. Pas moins de vingt-six gisements y sont répartis sur quinze niveaux géologiques distincts, couvrant une période allant du Permien supérieur au Paléogène (Taquet, 1976).


    Quand le minerai mène aux dinosaures

    En 1964, alors qu’ils recherchent du minerai d’uranium, des géologues du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) découvrent, à Gadafawa, à 150 km au sud-est d’Agadez, des ossements de dinosaures datant du Crétacé inférieur. Jean-Paul Lehman, alors directeur de l’Institut de paléontologie du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, envoie l’un de ses étudiants, Philippe Taquet, pour suivre cette découverte. C’est ainsi que débutent les premières études et expéditions à vocation purement paléontologique au Niger, menées entre 1965 et 1975, au cours desquelles environ 25 tonnes de matériel seront collectées (Leblanc, 2022).

    Philippe Taquet soutient sa thèse sur le gisement de Gadafawa en 1973. Ces recherches ont permis la découverte, entre autres, du crâne du crocodile Sarcosuchus imperator, d’empreintes de dinosaures, du squelette d’Ouranosaurus nigeriensis taqueti, de troncs silicifiés, ainsi que de nombreux autres spécimens.

    En 1965, des empreintes de pattes de reptiles sont découvertes sur la rive sud de l’Anou Makaren, au lieu-dit Aodelbi, par André Pacquet. Ces traces, situées sur une dalle de grès, sont attribuées par Philippe Taquet au genre Cheirotherium (Pacquet, 1968), nom provenant du grec et signifiant « bête à mains », pour signifier qu’on ne sait pas vraiment quel animal en est l’auteur. La période serait le Trias, vers 240 Ma, et l’identité probable un archosaurien, parent éloigné des crocodiles, doté de cinq doigts ressemblant à une main humaine.

    À partir des années 1990, Paul Sereno, de l’Université de Chicago, revisite à plusieurs reprises la région de Gadafawa et recueille de nombreux spécimens remarquables de dinosaures. Son équipe découvre également, à In Abaka, dans la région d’In Gall, des ossements appartenant à deux nouvelles espèces de dinosaures vieilles de 130 millions d’années. Le premier est un théropode carnivore de 10 mètres de long, baptisé Afrovenator abakensis ; le second, un sauropode herbivore de la famille des Brontosauridés, Jobaria tiguidensis, mesurant 20 mètres de long, doté d’un très long cou et d’une masse imposante. De nouvelles espèces de crocodiles et de tortues viennent également enrichir la collection toujours croissante de reptiles et de vertébrés fossiles du Niger (Leblanc, 2022).


    Deux grandes périodes de présence des dinosaures

    En Ighazer et sur ses pourtours, les prospections ont permis d’identifier de nombreux sites fossilifères, dans la zone de Gadafawa évoqué plus haut, au sud-est d’Agadez, autour des falaises de Tiguidit, mais aussi dans la Tamesna, au nord de l’Ighazer, ainsi qu’à l’ouest, à In Abangarit.

    Si l’on examine les périodes des fossiles en fonction de leur niveau géologique, une nette gradation temporelle apparaît. Les plus anciens datent du Permien-Trias, soit environ 250 à 200 millions d’années, dans la région d’Arlit, au sein des séries des grès d’Agadez. En Ighazer, des fossiles datés du Jurassique sont présents, et tout autour de la plaine, dans les formations du Tegama, dominent les fossiles du Crétacé, de loin les plus nombreux, entre environ 150 et 100 millions d’années. Enfin, au sud-ouest du Niger, on trouve des couches plus récentes, datées du Paléogène, remontant jusqu’à environ 70 millions d’années, à proximité de la grande extinction des dinosaures. Cette gradation ne reflète pas une répartition géographique des espèces fossiles, mais dessine plutôt la carte des affleurements géologiques de surface.

    Deux grandes phases temporelles de présence des vertébrés fossiles au nord du Niger peuvent ainsi être distinguées :

    • une phase ancienne, à la charnière entre l’ère primaire et l’ère secondaire, notamment le Permien et le Trias, s’étendant sur moins de 100 millions d’années ;
    • une phase plus récente, centrée sur le Crétacé, mais englobant également partiellement le Jurassique et le Paléogène, couvrant plus de 150 millions d’années.

    Dans cette seconde phase, le Continental intercalaire, roche sédimentaire ayant comblé le bassin des Ouelleminden, constitue l’un des niveaux géologiques les plus riches en fossiles de dinosaures, en particulier ceux du Crétacé inférieur.


    La période ancienne : du Carbonifère au Trias

    Au Carbonifère, il y a plus de 300 millions d’années, les fossiles découverts dans la formation de Talak sont notamment constitués de conularidés — des cnidaires fossiles en forme de petits cônes — décrits pour la première fois à l’échelle du continent africain (Babcock et al., 1995). Ces organismes vivaient vraisemblablement dans un environnement végétalisé dominé par des lycophytes et des fougères arborescentes, comme l’attestent des découvertes similaires en Argentine et en Inde, régions qui, à cette époque, étaient connectées au Niger car faisant partie du supercontinent Gondwana.

    Durant le Permien, entre 290 et 250 millions d’années, le climat était principalement aride à semi-aride, marqué par de vastes déserts intérieurs et de fortes variations saisonnières. Toutefois, certaines zones du Sahara abritaient encore des bassins sédimentaires humides et des rivières temporaires, permettant la survie d’une faune variée dominée par des thérapsides, ancêtres des mammifères, des amphibiens géants et des reptiles primitifs. Ce n’était pas encore l’ère des dinosaures, mais celle de leurs prédécesseurs évolutifs (Fabre, 2005).

    Le Permien se caractérise par l’existence d’un unique continent émergé, la Pangée. C’est également durant cette période que se forment les séries des grès d’Agadez, qui constituent la base sédimentaire du bassin des Ouelleminden, et que les premiers dinosaures apparaissent. Ces derniers étaient alors de petits animaux bipèdes agiles, proches des reptiles, mais encore loin de dominer les écosystèmes terrestres. À cette époque, ce sont plutôt des reptiles ressemblant à des crocodiles, les pseudosuchiens, qui occupaient la place de prédateurs principaux.

    En 2005, deux fossiles majeurs, Nigerpeton et Saharastega, ont été identifiés dans la région d’Arlit. Ces amphibiens, longs de plus de trois mètres, étaient à la fois terrestres et aquatiques, adoptant un mode de vie comparable à celui des crocodiles actuels. Les données géologiques et les simulations climatiques indiquent alors l’installation progressive de conditions semi-désertiques, remplaçant un climat auparavant plus tempéré. Ces carnivores, sortes de salamandres géantes, évoluaient dans une vaste plaine parcourue par des cours d’eau en voie d’assèchement. Nigerpeton et Saharastega sont parmi les plus anciens tétrapodes semi-aquatiques connus du Permien supérieur en Afrique de l’Ouest, partageant plusieurs caractéristiques crâniennes communes (Sidor et al., 2005).

    Ce groupe de fossiles anciens se concentre principalement dans la région d’Arlit, au nord de la plaine de l’Ighazer, notamment dans la formation de Moradi, dont les affleurements témoignent de dépôts sédimentaires accumulés sous des conditions arides dans le désert pangéen. Cette formation renferme, outre Saharastega et Nigerpeton, des genres tels que Bunostegos et Moradisaurus, un captorhinidé possédant plusieurs rangées parallèles de dents coniques (640) et de grande taille par rapport à ses homologues américains et russes (Taquet, 1969).

    Au Trias, entre 250 et 200 millions d’années, le Sahara faisait toujours partie de la Pangée, mais l’environnement évoluait : des vallées fluviales, des plaines inondables et des lacs peu profonds occupaient certaines zones, favorisant le développement d’écosystèmes complexes. Le climat restait chaud, mais commençait à être influencé par des régimes de mousson saisonniers, entraînant une alternance entre saisons sèches et humides. C’est à cette époque que les premiers vertébrés primitifs apparaissent dans la région, notamment les empreintes de Chirotherium découvertes par André Pacquet dans la formation géologique dite Teloua 1.

    Cette période marque de profonds bouleversements dans la diversité et la domination des espèces sur Terre, avec l’apparition de nombreux groupes d’animaux qui allaient régner pendant des dizaines de millions d’années. Elle s’achève par une extinction massive, dont les causes demeurent encore débattues, coïncidant avec le début de la fragmentation de la Pangée. Cette extinction aurait favorisé l’essor des dinosaures et des premiers mammifères, en libérant de nouvelles niches écologiques.


    La période récente : du Jurassique au Crétacé

    Au Jurassique, entre 200 et 150 millions d’années, la formation des argiles de l’Irhazer témoigne d’un climat marqué par des pluies fines, qui, dans un contexte de bassin fluviatile ou lacustre, a favorisé la sédimentation de particules très fines. Les fossiles sont principalement localisés dans les formations géologiques du groupe de l’Irhazer, notamment à In Gall, Marandet, In Abaka et Tabidène. Ces formations, composées de grès argileux, ont livré plusieurs espèces remarquables telles que Spinophorosaurus, Afrovenator, Rebbachisaurus, Elaphrosaurus et d’autres dinosaures encore indéterminés.

    Dans la formation des grès d’Assaouas, datant du Jurassique supérieur, ont également été observées des traces fossiles de sauropodes et de théropodes. La formation de Tiourarén, unité la plus récente des argiles de l’Irhazer, reflète un environnement marécageux soumis à des inondations saisonnières. On y retrouve notamment des sauropodes, dont le célèbre Jobaria, ainsi qu’Afrovenator et divers crocodiliens.

    Des empreintes de pas ont d'abord été reconnues dans le premier tiers des argiles de l'Irhazer, sur des dalles silteuses très dures alternant avec des argiles rouges et des horizons calcareux. Des Estheria grandes et petites sont abondantes sur ces dalles à côté des empreintes. Un deuxième faciès à empreintes est celui des grès roses d'Assaouas, qui se trouvent immédiatement au-dessous des argiles de l'Irhazer que l’on les rattache à la partie supérieure des grès d'Agadès. Il est possible en fait que les grès d'Assaouas passent localement à la partie inférieure des argiles de l'Irhazer. Retenons que les deux horizons à empreintes sont distincts, mais très proches stratigraphiquement l'un de l'autre (Taquet et al. 1966).

    Il y a environ 135 millions d’années, au début du Crétacé, la région autour de la falaise de Tiguidit était une vaste plaine couverte de conifères et de grandes fougères luxuriantes. Le bassin des Ouelleminden était alors traversé par de larges rivières abritant une faune aquatique abondante : de nombreuses espèces de poissons, des crocodiles et des tortues semi-aquatiques. Sur la terre ferme cohabitaient plusieurs espèces de dinosaures, tant herbivores que carnivores. Le climat, chaud et humide, ne présentait pas de saisonnalité marquée, comme en témoigne l’absence de stries de croissance dans les bois fossilisés.

    jobariaÀ la fin du Crétacé, vers 120 millions d’années, une mer peu profonde ou un vaste réseau fluviatile recouvrait les régions saharienne et sahélienne de l’Afrique. Les sédiments déposés à cette époque — appartenant encore au Continental intercalaire — contiennent les principaux gisements de bois silicifiés et de restes de dinosaures, dont les plus importants se trouvent dans la région d’In Gall. D’autres animaux vivaient alors aux côtés des dinosaures, notamment, dans les milieux aquatiques, des mollusques bivalves, de nombreux poissons, certains à poumons, tels les dipneustes et les cœlacanthes, des requins d’eau douce, ainsi que de rares restes de tortues. La présence de crocodiles est attestée par des dents, parfois très fréquentes dans certains gisements, ainsi que par divers ossements.

    Les théropodes carnivores vivaient probablement sur des massifs émergés issus de terrains précambriens ou paléozoïques, mais ils s’approchaient fréquemment des zones humides fréquentées par les grands herbivores. Les formations détritiques du Continental intercalaire se sont déposées dans les zones basses entre ces reliefs. On peut aisément imaginer un « massif central », correspondant plus ou moins au Hoggar, peuplé de bandes de grands prédateurs ou de cœluroidés élancés. Leurs ossements et leurs dents, entraînés par les eaux courantes, se retrouvent en abondance dans le Hoggar méridional et l’Aïr, notamment dans les localités nigériennes d’In Abangarit, d’In Tedreft, d’Ebrechko et de Tefidet (Lapparent, 1958).

    jobariaCertaines vastes zones marécageuses — semblables au lac Tchad actuel — étaient habitées par des sauropodes herbivores. Dans ces milieux complexes mêlant terre et eau, où prospérait une végétation dense, ils trouvaient à la fois une nourriture abondante et une relative protection contre les carnivores. Les environnements lacustres étaient variés, comme en témoigne la diversité de la faune associée aux dinosaures. On distingue de grands lacs d’eau douce à sédimentation argileuse rouge, sous climat tropical, où vivaient en abondance Paladins, Unio et Desertella. D’autres lacs, temporaires, s’asséchaient périodiquement et étaient peuplés d’Estheria et de Ceratodus, un poisson à double respiration. Les ornithopodes, bien que rarement attestés par les fossiles, devaient fréquenter la lisière des marais. Iguanodon, en particulier, semble avoir occupé les zones forestières humides, se nourrissant de branches et de feuilles plutôt que d’herbes (Lapparent, 1958).

    Les forêts comprenaient des Wechselia, proches des osmundes arborescentes, et des Araucaria dont les troncs pouvaient atteindre 20 mètres de diamètre. Ces arbres formaient d’immenses forêts, comme en témoigne le nombre impressionnant de bois silicifiés encore visibles au Sahara. Le climat du Crétacé inférieur dans les régions sahariennes était donc loin d’être désertique. Grâce aux invertébrés, aux vertébrés et surtout aux plantes fossiles, on peut affirmer qu’un climat tropical humide dominait les zones basses, tandis que les massifs émergés étaient couverts de forêts d’Araucaria.

    jobariaAu Crétacé, les fossiles se trouvent dans les formations du groupe Tegama, caractérisées par une alternance de grès et d’argiles, notamment les formations d’Elrhaz et d’Echkar. La formation d’Elrhaz, datée d’environ 115 millions d’années, est présente dans la zone de Gadafawa et de Tamaya Mellet, respectivement au sud-est et à l’ouest de la plaine de l’Ighazer. Elle a fait l’objet des travaux de thèse de Philippe Taquet. On y trouve, sur une étendue d’environ 180 km, le crocodilien géant Sarcosuchus, les dinosaures herbivores Ouranosaurus et Nigersaurus, ainsi que les théropodes Suchomimus et Kryptops. On y a également découvert, dans un environnement fluvial, la tortue paléoméduse Laganemys tenerensis, près de Gadafawa. Cette tortue aquatique à long cou était probablement un prédateur des eaux calmes (Sereno et El Shafie, 2012).

    La formation d’Echkar, plus récente, située stratigraphiquement au-dessus d’Elrhaz, est également composée d’alternances de grès et d’argiles. Elle abrite des sauropodes tels qu’Aegyptosaurus, des théropodes comme Bahariasaurus, ainsi que des crocodiliens et d’autres reptiles, comme Kaprosuchus.

    Cette diversité témoigne d’un écosystème particulièrement riche vers 80-90 millions d’années, associant grands théropodes, herbivores imposants, crocodiliens variés et faune aquatique. L’unité stratigraphique d’In Beceten, dans la région de Tahoua, illustre également cette richesse, avec la présence d’amphibiens, de crocodiliens, d’autres reptiles et de dinosaures. Il s’agit de l’un des ensembles fossilifères les plus récents retrouvés au Niger, la sédimentation finale du bassin des Ouelleminden s’étant effectuée dans sa partie sud-ouest.

    Aujourd’hui, une trentaine d’espèces de grands vertébrés fossiles ont été décrites au Niger. Parmi les grandes familles, on peut citer :

    • les théropodes, essentiellement carnivores : Afrovenator, Suchomimus, Carcharodontosaurus, Bahariasaurus, Elaphrosaurus ;
    • les sauropodes, grands herbivores lourds : Rebbachisaurus, Jobaria, Nigersaurus ;
    • les ornithopodes, herbivores bipèdes : Iguanodon, Ouranosaurus, Elrhazosaurus ;
    • des temnospondyles et reptiles du Permien ;
    • des crocodyliformes géants : Sarcosuchus, Kaprosuchus.

    En 2025, une expédition menée par le paléontologue Paul Sereno au Niger a permis la découverte du Spinosaurus mirabilis, une nouvelle espèce de dinosaure géant datant de 95 millions d’années. Ce prédateur de douze mètres, reconnaissable à sa crête unique en forme de cimeterre, possédait une morphologie de « héron infernal » adaptée à la chasse aux poissons dans les rivières du Sahara. Cette trouvaille majeure, réalisée grâce aux indications d’un guide local, remet en question l’idée que les spinosaures étaient de bons nageurs, en privilégiant l’hypothèse de prédateurs terrestres chassant au bord de l’eau (Sereno et al., 2026).


    Quelques sites de dinosaures autour de la falaise de Tiguidit

    Niang (2000) décrit avec précision la richesse paléontologique du nord du Niger :

    « Le nord du territoire du Niger offre une chance encore inégalée en Afrique de suivre la dynamique évolutive des vertébrés continentaux sur toute la période du Crétacé. Le groupe des gisements d’In Gall correspond à la période où l’Amérique du Sud était encore rattachée à l’Afrique ; un peu plus tard, le groupe des gisements de Gadoufaoua correspond à la période où la division des continents africain et américain était imminente ; encore un peu plus tard, le groupe des gisements d’In Abangarit correspond à la période où la séparation des deux continents était en cours ; plus tard encore, le groupe des gisements d’In Beceten correspond à la période où l’Afrique était devenue une méga-île, complètement isolée de l’Amérique du Sud et de l’Eurasie ; et enfin, le groupe des gisements de Tillia correspond à la période où des ponts étaient de nouveau établis entre l’Afrique et l’Eurasie » (Niang et al. 2000).

    Le nord du Niger abrite plusieurs sites paléontologiques majeurs, explorés successivement par des équipes françaises puis américaines, qui ont mis au jour une grande diversité de fossiles, en particulier de dinosaures.

    In Abangarit : Découvert dans les années 1930 par le capitaine Archier, ce site est l’un des plus riches du Sahara central pour les fossiles de reptiles. Situé dans la partie supérieure du Continental Intercalaire, juste en dessous des niveaux du Cénomanien-Turonien, il a livré une remarquable diversité de dinosaures : des théropodes carnivores tels que Bahariasaurus ingens et Carcharodontosaurus saharicus, ainsi que des sauropodes comme Rebbachisaurus tamesnensis et Aegyptosaurus baharijensis (Sereno, 2000). Les fossiles, dents et ossements, y sont particulièrement abondants dans des zones correspondant à d’anciens deltas fluviaux (Lapparent, 1958).

    Iguilala : Située au même niveau stratigraphique qu’In Abangarit, la localité du mont Iguilala, explorée par Greigert, a révélé trois espèces distinctes de sauropodes. Des ossements ont également été mis au jour dans le reg entourant le mont Kassot, à environ 80 km au nord-nord-ouest d’Iguilala.

    In Tedreft : Cette localité, plus ancienne que les précédentes, appartient à la partie inférieure du Continental Intercalaire. Elle a été découverte en 1958 lors d’une mission pétrolière menée par les géologues Kieken, Nyssen et Gautier. Les buttes argilo-sableuses bordant l’oued Timersoï, à environ 15 km à l’ouest du puits d’In Tedreft, contiennent de nombreux fragments osseux. On y a identifié des restes de théropodes (Elaphrosaurus) ainsi que de nombreux ossements de sauropodes (Lapparent, 1958).

    jobariaIn Gall : Ce site est réputé pour sa concentration exceptionnelle d’ossements de grands sauropodes, formant un véritable « cimetière » de dinosaures dans les argiles rouges de l’Irhazer, partie inférieure du Continental Intercalaire. On y a identifié Rebbachisaurus tamesnensis et Astrodon sp. (Sereno, 2000). Les dinosaures s’y seraient probablement embourbés dans des zones marécageuses, expliquant leur abondance dans les argiles plutôt que dans les grès. Des fossiles similaires ont également été retrouvés plus à l’est, près d’Agadez et d’Ifayen.

    Falaise de Tiguidit : Plus récente sur le plan stratigraphique, cette falaise marque la limite entre les grès du Tegama et la plaine de l’Ighazer. Elle a livré de nombreuses dents de théropodes, ainsi que des restes de sauropodes, dont Rebbachisaurus tamesnensis, et même des stégosauriens (Sereno, 2000).

    Région d’Arlit : Les formations plus anciennes, telles que celles de Moradi et de Madaouela (Permien-Trias), ont révélé une faune variée : reptiles herbivores, amphibiens géants (Saharastega et Nigerpeton) et poissons. Malheureusement, plusieurs auteurs continuent à placer les formations de Madaouela et d'Arlit dans le Carbonifère supérieur. Les études palynologiques menées par Broutin et al. (1990) et Coquel et al. (1995) ont placé l'âge de la Formation de Madaouela dans le Permien inférieur à moyen. Par conséquent, la Formation de Madaouela et la Formation d'Arlit, sont maintenant situées dans le Permien (Leblanc 2022).

    Région d’Elrhaz : Située à environ 150 km à l’est-sud-est d’Agadez, cette zone comprend une série de petits reliefs sableux (grès du Tegama) s’étendant sur près de 120 km. Elle contient de nombreux restes de vertébrés, collectés notamment par Hugues Faure lors de ses études stratigraphiques de la formation d’Elrhaz. À environ 110 km au sud-est, Faure a également découvert une grande dent de théropode et divers ossements au sud-ouest d’Egaro.

    Bordure orientale de l’Aïr : Une zone importante, découverte par Faure, s’étend au sud du massif du Takolokouzet, à environ 200 km au nord-est d’Agadez. Trois sites fossilifères — Tamat Tadent, Tagrezou et Oued Baouet — ont livré des vertèbres de théropodes et des restes de grands crocodiliens dans le Continental Intercalaire du fossé de Tafidet. Les couches sableuses à bois silicifiés y reposent directement sur le socle précambrien.

    Gadoufaoua : C’est le site paléontologique majeur du Niger. S’étendant sur près de 180 km au sud-est d’Agadez, sur une largeur pouvant atteindre 2 km, il recouvre deux formations géologiques : les séries d’Elrhaz et d’Echkar (Taquet, 1976). L’interface de ces deux formations, notamment le sommet de la formation d’Elrhaz, d’environ 60 m d’épaisseur, est particulièrement riche en fossiles. Découvert par Faure en 1954, le site a livré au moins 23 espèces, dont le célèbre crocodilien Sarcosuchus imperator, l’iguanodontidé Ouranosaurus nigeriensis et le théropode Elaphrosaurus iguidensis.

    Ténéré : Enfin, lors d’un de ses derniers voyages, Faure a découvert une vertèbre caudale de sauropode isolée en plein désert du Ténéré, témoignant une fois encore de l’immensité et de la richesse des gisements paléontologiques sahariens.


    Protection du patrimoine fossile autour de la falaise de Tiguidit

    Les missions paléontologiques françaises et américaines ont exporté plusieurs dizaines de tonnes d’ossements à des fins d’étude et d’exposition. Elles ont aussi contribué à la mise en valeur du patrimoine national en reconstituant plusieurs squelettes remarquables de dinosaures et de crocodiliens, aujourd’hui présentés au Musée national Boubou Hama de Niamey, parmi lesquels (UNESCO, 2006) :

    • Afrovenator abakensis — théropode carnivore (Megalosauridae) ;
    • Ouranosaurus nigeriensis — dinosaure herbivore à crête dorsale ;
    • Suchomimus tenerensis — grand dinosaure carnivore (Spinosauridae) ;
    • Sarcosuchus imperator — crocodilien géant contemporain des dinosaures ;
    • Jobaria tiguidensis — grand dinosaure herbivore à long cou.

    Cependant, le commerce illicite de fossiles demeure aujourd’hui une menace préoccupante pour la conservation de ce patrimoine. Conscients de la valeur scientifique et culturelle de ces vestiges, les populations locales, les chercheurs et les autorités nigériennes œuvrent ensemble pour préserver cet héritage exceptionnel et non renouvelable, essentiel à la compréhension de l’évolution des dinosaures en Afrique.

    Il est strictement interdit d’exporter des fossiles hors du territoire nigérien.
    Merci de ne prendre que des photographies et de laisser les fossiles sur leur site d’origine, afin de contribuer à la protection de ce patrimoine universel.

     


    Références

    Agadez.org 2023 – Dinosaure du Niger, http://trenteseptbis.free.fr/agadez.org/pages_culture/dinosaures.htm consulté le 20 février 2023.
    Babcock L.E., Lang J., Yahaya M. 1995 – First carboniferous conulariids from Niger (west Africa), Journal of African Earth Sciences, 20 (1), p. 1‑6.
    Chudeau R. 1909 – Sahara soudanais, Librairie Armand Colin, 326 p.
    Fabre J. 2005 – Géologie du Sahara occidental et central, Geoscience, 108.
    Lapparent A. 1958 – Les Dinosauriens du Continental intercalaire du Sahara central, Comptes rendus de l’Académie des sciences, (246), p. 1237‑1240.
    Leblanc J. 2022 – Stratigraphic Lexicon: The Sedimentary Formations of The Republic of Niger, Africa, Colnes Publishing.
    Niang M.M., Nagando B., Seidou S., Wangari E. 2000 – Le pillage des sites culturels et naturels du Niger.
    NSF 2020 – The paleobiology database, https://paleobiodb.org/#/ consulté le 25 février 2023.
    Pacquet A. 1968 – Analcime et argiles diagénétiques dans les formations sédimentaires de la région d’Agadès (République du Niger), , Université de Strasbourg, inédit, 221 p.
    Sereno P. 2000 – Expeditions - Paul Sereno - Paleontologist, The University of Chicago, https://paulsereno.uchicago.edu/expeditions/niger_2000/ consulté le 21 avril 2022.
    Sereno P., al. 2026 – Scimitar-crested Spinosaurus species from the Sahara caps stepwise spinosaurid radiation, Science, 391 (6787), https://www.science.org/doi/10.1126/science.adx5486.
    Sereno P.C., El Shafie S.J. 2012 – A New Long-Necked Turtle, Laganemys tenerensis (Pleurodira: Araripemydidae), from the Elrhaz Formation (Aptian–Albian) of Niger, Vertebrate Paleobiology and Paleoanthropology, p. 215‑250.
    Sidor C.A., O’Keefe F.R., Damiani R., Steyer J.S., Smith R.M.H., Larsson H.C.E., Sereno P.C., Ide O., Maga A. 2005 – Permian tetrapods from the Sahara show climate-controlled endemism in Pangaea, Nature, 434 (7035), p. 886‑889.
    Taquet P. 1969 – Première découverte en Afrique d’un reptile Captorhinomorphe, Compte Rendu de l’Académie des sciences - Série D, 268, p. 779‑781.
    Taquet P., Lapparent A., Loiret B., Ginsburg L. 1966 – Empreintes de pas de Vertébrés tétrapodes dans les séries continentales à l’ouest d’Agadès, Comptes rendus de l’Académie des sciences, (273), p. 28‑31.
    UNESCO W.H. 2006 – Gisements des dinosauriens, UNESCO World Heritage Centre, https://whc.unesco.org/en/tentativelists/5056/ consulté le 29 octobre 2025.

    Les dinosaures de l'Ighazer

    jobaria

    afrovenator

    suchomimus

    ouranosaurus

    nigersaurus

    sarcosuchus

    nigerpeton

    Jobaria tiguidensis
    Afrovenator abakensis
    Suchomimus tenerensis
    Ouranosaurus nigeriensis
    Nigersaurus taqueti
    Sarcosuchus imperator
    Nigerpeton ricqlesi

    saharastega

    jobaria afrovenator suchomimus ouranosaurus ouranosaurus ouranosaurus
    Saharastega moradiensis
    Carcharodontosaurus saharicus
    Baharijasaurus ingens
    Elaphrosaurus iguidiensis
    Aegyptosaurus baharijensis
    Eocarcharia dinops
    Kryptops palaios