Le Paléolithique

L'Afrique est le berceau de l'humanité, car on y a retrouvé les plus anciennes traces d'homme, notamment dans le rift d'Afrique de l'est, à l'époque quaternaire (Pléistocène). Mais en ce début de 21è siècle, le berceau se serait déplacé vers le Sahara et le bassin du lac Tchad en particulier avec la découverte de Toumaï. Comme le disait l'Abbé Breuil, "le berceau du monde est à roulette" (cité par Pales 1962), pour signifier que les recherches fourniraient de nouveaux éléments propres à repositionner encore ce berceau.

1992 chavaillon acheuleen

A la suite de Toumaï on doit noter deux australopithèques découverts au Tchad. En 1995, l’équipe de Michel Brunet découvre Abel, le plus occidental des australopithèques. Sa mâchoire correspond à un australopithèque vieux de 3,5 à 3,0 millions d’années. En 1961, Yves Coppens découvre un crâne d’hominidé à Yaho-Angamma, toujours au Tchad, qu’il nomme Tchadanthropus uxoris, cet individu serait proche de l’Homo erectus et daterait de 1 million d’années.

Le paléolithique commence avec la première pierre taillée par l’homme Homo habilis, il y a près de trois millions d’années (3 Ma). Définie comme étant la période pendant laquelle l’espèce humaine a physiquement évolué passant du pré-Australopithèque à Homo sapiens. Son système économique était basé sur le mode d’exploitation naturelle des ressources animales et végétales, c’est dire qu’à cette époque, l’homme luttait beaucoup plus pour sa survie que pour la transformation ou la maîtrise de son environnement, il vivait là où les ressources étaient.

Pendant toute cette période du paléolithique où l’être humain était réduit à une vie de prédation faite de chasse, pêche et cueillette (fruits et coquillages), des hommes s'étaient établis dans les régions supposées les plus accueillantes à savoir l'Aïr, le Ténéré, le Kawar et le Djado ; c’est du moins ce que les outils en pierre, bifaces et hachereau, tendent à nous dire du moment où au Niger, aucun fossile humain de type paléolithique n’a été découvert jusque là, malgré la présence d’industries assez anciennes dont certaines remontent peut-être à un million d’années (Gado et al. 2001). Cette première industrie lithique, dite des "galets aménagés" ou Oldowayen, se retrouve autour du bassin du Lac Tchad, de la Vallée de la Tafassasset entre Aïr et Fezzan, dans le Hoggar ainsi qu'au Mali, mais aucunes traces n'a encore été décelées aux abords de l'Ighazer. Plus au sud, notamment la zone forestière nigériane révèle également quelques sites de galets aménagés datant d'environ 2 Ma.

On ne sait encore que peu de choses de la vie des tailleurs de galets, si ce n'est qu'ils vivaient préférentiellement près des lacs ou l'on a retrouvé des restes d'aménagement de huttes (Aumassip 2004). Ils devaient surtout vivre de la chasse de petits gibiers, et surtout de cueillette, baies et autres escargots, ne dédaignant pas une charogne. Le renforcement de la nourriture carnée lui a sans doute permis de libérer du temps, qu'il pourra mettre au profit de l'évolution technologique de son industrie lithique. Cette civilisation des galets aménagés évoluera sur place en civilisation Acheuléenne (Pales 1962), également présente au Niger surtout tout autour du grand lac Tchad, dans l’est de l'Aïr, le Ténéré, le Djado, présent aussi dans la vallée de la Mékrou au sud-ouest du pays (Gado et al., op. cit.).

Même si la plaine de l’Ighazer n’a pas révélé de sites de cette période, il est très probable qu’au moins lors des périodes climatiques les plus favorables, les hommes aient chassé et parcouru la vallée et les marigots qui devaient fournir des sites d’habitat au moins temporaires, à l’instar du pourtour du grand bassin du Lac Tchad. Le PAU1, n’a d’ailleurs recensé que 2 sites paléolithiques en Ighazer, Abatrakum un atelier de débitage à l’ouest de la plaine et Azeten un site d’habitat au nord de la plaine, sans plus de précision sur les matériels entrevus (Poncet 1983).

Il est remarquable qu'aussi peu de site paléolithique n'ait été découvert. Selon le PAU, Il est possible que les sites paléolithiques soient actuellement enfouis sous une notable épaisseur de matériaux accumulés (sables éoliens et alluvionnaires, argiles alluvionnaires) et donc non distincts en surface (Poncet 1983). Robert Vernet a indiqué deux sites paléolithiques au sud des falaises de Tiguidit sans plus de précision (Vernet 1993).


L'Acheuléen

paleolithique

Appelé également Early Stone Age (début de l'âge de pierre), l'Acheuléen débute en Afrique avec Homo ergaster en ce qui concerne la domestication du feu et certains types d’outils spécialisés destinés à la chasse et datés de 1,7 Ma à environ 200 000 ans BP, selon les régions. L'Acheuléen est en fait caractérisé par sa pièce « symbole », le biface, mais l’outil qui caractérise l'acheuléen africain est le hachereau, présent dans tout le Sahara (Camps 1974).

Lors des épisodes arides les populations du Sahara se réfugient sur les montagnes, mais surtout sur le sahel méridional et la vallée du Nil. Ces mouvements de populations intercalent les cultures sur différents sites, qu'ils réoccupent, et compliquent à l'évidence les tentatives d'interprétation des chronologies culturelles au Sahara.

Néanmoins, il y a une bonne concordance entre les sites à galets aménagés et ceux de l'Acheuléen, ce qui évoque une évolution in situ de ces cultures (Aumassip 2004). La maîtrise d'une nouvelle technique, le débitage Levallois matérialise l'entrée de homo ergaster dans la pensée conceptuelle, car cette technique nécessite de conceptualiser la pièce finale avant les premiers coups de percuteur. La maîtrise du feu vers 400 000 BP (Gado et al. 2001) est un autre élément d'importance qui va donner un avantage certain aux hommes sur la faune qui partage ses territoires. Homo ergaster devait également posséder le langage articulé, peut être lent et maladroit, mais suffisant pour faire de courtes phrases. Encore mal armé pour s'attaquer au gros gibier, il est autant chasseur que charognard. La maîtrise du feu à modifier son comportement entraînant une plus grande convivialité, et permis de goûter au cuit autre facteur lui permettant d’accroître ses facultés intellectuelles.

Pour le nord Sahara, il faudra plutôt attendre 700 000 BP (Alimen 1977), et pour le Sahara central le site de l’Adrar Bous a été placé par Desmond Clark dans une fourchette allant de 500 000 à 200 000 BP (Gallin 2009). Les débuts de l’Acheuléen au Niger ne sont pas très bien connus, il a été surtout reconnu dans la région d’Agadez, où il a été trouvé in situ, en sus de l’Adrar Bous, au Kori Tagueï et à Agamgam dans l’est de l'Aïr d’un âge supérieur à 60 000 BP, ainsi qu’à Bilma daté de 33 400 ± 200 BP et dans le Djado (Maley et al. 1971 ; Bernus et al. 1986). L’industrie est encore constituée pour le quart de galets aménagés, avec prédominance de polyèdres, de bifaces archaïques, trièdres et pics. Les sites avaient antérieurement livrés quelques rares hachereaux et quelques outils sur éclat, on y dénombre 7 à 8 outils différents (Fauvelle 2019).

Pour Chavaillon, « l'Acheuléen final ou évolué se situe là où le désert l'emporte aujourd'hui sur une région qui a été plus humide et sans doute lacustre. Il témoigne de l'ouest à l'est d'une perfection technique remarquable, de l'association systématique de pièces appartenant à une époque ancienne, reliques des premiers stades de l'Acheuléen, avec l'outillage nouveau du paléolithique moyen. Curieusement, dans les mêmes sites, on a trouvé les grands bifaces de l'Acheuléen évolué et les petites pièces bifaciales, plates, foliacées qui sont les prémices de nouvelles cultures, l'Atérien d'une part, le Lupembien1 de l'autre, toutes industries du Paléolithique moyen ayant une même technique de débitage, la méthode Levallois, pour des pièces aux retouches régionalement adaptées aux climats et aux hommes » (Chavaillon 1992).

En Afrique du Nord, le passage de l'Acheuléen final au Paléolithique moyen n'est pas évident. On trouve, certes au Sahara le rapprochement de l'Acheuléen final et de l'industrie atérienne, mais lorsqu'on les observe en stratigraphie on note un certain hiatus peut-être dû à des changements climatiques. Dans cette région, on recense d’abord des sites de la culture du Moustérien, notamment au nord de l'Aïr et dont l'origine serait la vallée du Nil. Cette culture s'intercalerait entre Acheuléen évolué et le pré-Atérien entre 200 000 BP et 40 000 BP (Nantet 1998). Le Moustérien africain, de 250 000 à 30 000 BP, possède de nombreux faciès ce qui pourrait évoquer des évolutions autochtones (Aumassip 2004). La continuité entre Moustérien du Maghreb est l’Atérien est nette, de même qu’entre ce dernier et le Haut Levalloisien du Sahara oriental (Hawkins et Kleindienst 2001).

Près de l’Ighazer on connaît deux sites avec une industrie Levalloisiennne à Gara Tchia Bo dans le massif de Termit qui correspondraient à un Acheuléen tardif (Quéchon 1983). Pour l’Ighazer, on doit également noter une potentielle influence d’une autre industrie, le Sangoen avec de nombreux sites notamment au Ghana et au Nigeria. Il a longtemps été interprété comme une adaptation au milieu forestier, mais se retrouve dans de nombreux types d'environnement. Tandis que le Moustérien évoluera en Atérien, le Sangoen évoluera en Lupembien. Homo sapiens est alors bien installé dans toute l'Afrique, le débitage Levallois est la règle avec des outils de plus en plus spécialisés. L'homme est alors un semi sédentaire qui se déplace beaucoup selon les conditions d'un environnement de plus en plus aride. La plaine de l’Ighazer est à la confluence de ces différentes cultures paléolithiques, moustérien au nord Sangoen au sud.


L'Atérien

1992 chavaillon acheuleen

La datation de l’Atérien est encore problématique, la plupart des dates radiocarbones en Afrique du Nord sont infinies, ce qui signale que cette civilisation est antérieure à 40 000 BP. Par ailleurs, les tentatives d’établir des corrélations entre l’Atérien et les évolutions climatiques sont fort malaisées, du fait que le Sahara n’est pas climatiquement homogène (Hawkins et Kleindienst 2001). De fait, on retrouve l’homme Atérien, un chasseur cueilleur, aussi bien dans les montagnes de l’Atlas et du Sahara central, que dans les plaines près des points d’eau lacustres, suivant ainsi son gibier et l’évolution des ressources botaniques, démontrant donc une grande mobilité qui se traduit par l’homogénéité de cette culture sur toute l’Afrique du nord.

La culture de l'Atérien ne serait qu'une adaptation du Moustérien par l'adoption d'une nouvelle technique d'emmanchement, le pédoncule, c’est une industrie lamellaire qui se poursuivra jusqu’à l’orée du néolithique, même s‘il n’y a pas de véritable continuité avec ce dernier surtout au Sahara central (Camps 1974). De récentes mesures sur la datation de sites Atérien, par les résidus de l'uranium, indiquent qu'ils remonteraient jusque vers 200 000 BP. Ceci remet évidemment en cause la chronologie jusqu'alors admise, de 40 000 à 25 000 BP, ainsi que les relations supposées entre ces cultures. Au Maghreb, dans le site de Sidi Saïd, nous rencontrons une industrie atérienne, à pièces pédonculées, au-dessous d’un faciès moustérien riche en racloirs et pointes à retouches unifaces, remettant ainsi en cause l’antériorité du Moustérien sur l’Atérien qui est une donnée conventionnellement arrêtée (Betrouni 2009). En attendant que ces données se confirment ou plutôt se précisent régionalement, on place entre l'Acheuléen et l'Atérien diverses autres cultures, dont on ne sait que peu de chose, c'est le Middle Stone Age que l'on retrouve au Sahara méridional sur de petits sites non encore étudiés.

Si la fin de l’Atérien se situe juste avant le grand aride vers 20 000 BP, ses débuts sont plus flous au Sahara central, 90 000 BP pour Gado (Gado et al. 2001), 60 000 pour d’autres (Barbaza 2018). Sans données en Ighazer, si nous regardons sur l’Aïr oriental où l’on dispose de sites Atérien, il est certain que cette culture est présente lors de la phase humide à partir de 30 000 BP, mais sans doute pas guère plus tôt car aucun sites d‘une phase ancienne de 40 000 BP comme dans le Kawar n’a encore était mise en évidence (Tillet 1989).

Le Sahara va connaître une période plus humide de 40 000 à 33 000 BP, puis de 28 000 à 20 000 BP, opposée à un aride en Afrique orientale dont les populations migrèrent vers ce Sahara plus humide. Vers 18 000-20 000 BP, une phase de réchauffement se manifeste et provoque en 2 000 ans, la remontée des eaux océaniques de 100 mètres. La dégradation de l’environnement ira en s’accentuant de 20 000 BP jusqu’à 12 500 BP, allant d’un climat fortement humide à une aridité de plus en plus croissante (Betrouni 2009). Cette période est dite désert du Kanémien, qui vida le Sahara de ses populations (Tillet 1989 ; Aumassip 2004). En fait, à chaque épisode aride, elles se replièrent sur les marges du désert, le Sahel et la vallée du Nil en particulier (Nubie), bien qu'une partie pue s'accrocher aux reliefs pouvant être l'une des raisons à l'émergence de savoir-faire endogènes comme la céramique au début du Néolithique dans le Sahara central.

L'homme Atérien est le Cro-Magnon de l'Afrique du nord, il a des os épais, une tête large surbaissée, et a une ascendance avec l'homme de Djebel Irhoud (un néandertalien) et la culture du Moustérien dont il serait issu. On lui reconnaît une filiation avec l'homme de Mechta el Arbi que l'on retrouve dans tout le Maghreb occidental, c’est un Homo sapiens sapiens archaïque (Camps 1987). Il se fera supplanter par un homme proto-méditerranéen, venu du Proche-Orient. On perçoit déjà à cette époque qu'un mouvement de migration d'est en ouest au nord et au sud du Sahara, se perpétuant au fil de la préhistoire et bientôt de l'histoire. L'homme de la fin du paléolithique est un semi-sédentaire qui pratique un nomadisme saisonnier selon les groupes et régions du Sahara. Il se nourri de la chasse, de la pêche et de la cueillette et commence à se spécialiser, il utilise plusieurs matériaux pour construire des outils, la pierre, le bois et les os, marquant ainsi une nouvelle évolution dans le comportement sociétal, et l'appréhension de son environnement. Cette civilisation saharienne trouve une limite méridionale en Aïr et Ighazer, elle occupe tout le Sahara, de la vallée du Nil à l’Afrique du Nord jusqu’à la boucle du Niger (Fauvelle 2019), au Sud, il ne descend pas au dessous du 18° parallèle, ce qui pourrait peut-être s’expliquer par le fait que nous sommes là sur la limite septentrionale des grandes étendues lacustres du grand lac Tchad (Tillet 1989), l’Ighazer et les falaises de Tiguidit pouvant être une autre de ces limites naturelles.

La civilisation de l’Atérien se caractérise par un fort débitage Levallois, et par la présence d’un pédoncule d’emmanchement à la base des pièces lithiques. Il est particulièrement abondant au nord-est du Niger, Kawar à partir de Seguedin ainsi que dans le Djado, et se retrouve également en Aïr, à Ekouloulef, Adrar Bous, Amakom ou Mouezout, mais aussi en Ighazer, il est par contre absent du sud-ouest du Niger (Gado et al. 2001). Pour Thierry Tillet, l’homme Atérien pénétra l’Aïr par l’est et chercha à l’intérieur du massif des ressources en pierre, comme les rhyolites très appréciées par les tailleurs, mais ne s’y installèrent pas vraiment, car on y retrouve que des ateliers temporaires de débitage, les habitats étant plus sûrement situés sur le piémont oriental de la montage bleu (Tillet 1991). A Adrar Bous en particulier, on note la présence d’outil issus d’un roche dont le gisement le plus proche est à 280km, ce qui signale ou la grande mobilité de cette culture, ou la pratique d’échange à moyenne distance (Hawkins et Kleindienst 2001).

Si l'Atérien est bien délimité avec une limite méridionale autour de la latitude de 18°-19° nord et une continuité du peuplement dans ses techniques, il n'en va peut être pas de même au sud du Sahara. Malheureusement, les données manquent notamment à cause de sites non retrouvés dans des contextes stratigraphiques satisfaisants permettant de dater de manière indirecte les industries lithiques. Ainsi, l'un des sites d'Afrique de l'ouest le plus représentatif, Ounjougou au Mali, témoigne d'une occupation paléolithique dense du Sahel, dont les peuplements ont connus des renouvellements réguliers et rapides, sans en connaître encore les raisons (Soriano et al. 2010). Cette opposition entre la séquence d’Ounjougou, où chaque occupation diffère de la précédente par ses traditions techniques, et l’Atérien, où les mêmes pratiques techniques se perpétuent sur un temps long, suggère qu’une frontière sépare ces deux mondes, frontière d’ailleurs soulignée par la limite méridionale très abrupte de la distribution de l’Atérien. Une fois de plus, la plaine de l'Ighazer se retrouve aux confins de cultures et de peuplements de différentes influences, dont il est encore bien difficile d'en cerner tous les contours.

On ne doit donc pas oublier l'influence des cultures de la forêt, au sud du Sahara, ou tout du moins de la savane qui sont actuellement très méconnues et très peu étudiées. L’archéologie au Niger étant essentiellement calée sur une vision nord-sud, voir est-ouest, des déplacements de populations. « Les fabricants de bifaces acheuléens, de pointes atériennes ou d'instruments de chasse microlithiques, les éleveurs de bovins, de moutons et de chèvres, les constructeurs de structures funéraires monumentales et les seigneurs de guerre haoussa auraient tous migré vers le sud face à une dessiccation croissante » (Haour 2003). Si ce modèle n’est pas faux, il ne laisse que peu de place aux populations soudanaises qui pourtant développèrent elles aussi leurs cultures. L’un des témoignages de l’influence des civilisations de la forêt est possiblement un biface lancéolé que l’on retrouve sur des sites Atérien comme Adrar Bous et que Clark met en relation avec le Lupembien d’Afrique centrale (cité par Hawkins et Kleindienst 2001).

 

1. Programme Archéologique d’Urgence de la Région d’Ingall-Tegidda n’Tesemt
2. évolution du Sangoen


Références

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