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    Les Débuts de l'Agriculture

    en cours de rédaction

    A partir de 3500 BE, dans un contexte d’aridité croissante, les zones sahariennes sont progressivement abandonnées par les pasteurs pour d'autres régions plus au sud, désormais propices à l'élevage (Ozainne et al. 2014). La mouche tsé-tsé recule et ouvre ainsi les plaines sahéliennes aux pasteurs nomades. Les données actuelles dressant l’arbre phylogénétique de Pennisetum (aujourd’hui rattachée au genre Cenchrus) font remonter au IVè millénairre les premières opérations agricoles menées sur cette graminée, quelque part au nord de la boucle du Niger.

    Entre 3000 et 2500 BE, des pasteurs issus de plusieurs sphères culturelles distinctes, mais partageant visiblement des origines communes dans le Sahara central, atteignent les zones sub-sahariennes comme la boucle du Niger ou le lac Tchad. Après son émergence à la frange sud du Sahara vers 2500 BE, la culture du millet perlé (Pennisetum glaucum) se répand rapidement dans toute l'Afrique de l'Ouest entre 2000 et 1000 BE. Les débuts de l’agriculture en Ighazer peuvent être abordés au regard de pôles de production anciens, la boucle du Niger et le Fezzan.


    Du côté de la boucle du Niger

    Au cours du 3ème millénaire BE, la boucle du Niger voit l’arrivée progressive des premiers éleveurs du Sahara ainsi que l'apparition des premières plantes domestiquées vers 2500 BE, le tout dans un contexte d’aridité croissante. La boucle du Niger devient alors une zone de contact entre différentes sphères culturelles, saharienne, sahélienne et soudanienne (Ozainne 2014 ; Ozainne et al. 2014). L’agriculture est également attestée au nord du Mali dans la vallée de la Tilemsi dans la seconde moitié du troisième millénaire avant notre ère, mais pourrait remonter au début de ce même millénaire (Manning 2010), peut être même dès le 5ème millénaire de notre ère selon certains (Fuller et al. 2021).

    Avant cela, une grande partie du delta intérieur du Niger était alors un vaste marécage, inhabitable pour les groupes pastoraux en raison du manque de pâturages appropriés et de la profusion de vecteurs de maladies associés tels que le paludisme et la trypanosomiase. Les changements climatiques et environnementaux au Sahara ont entraîné d'importants mouvements de population que l’on peut constater dans des zones telles que la vallée du Tilemsi, qui aurait constitué un couloir virtuel pour les populations se déplaçant vers le sud (Manning 2010).
    Les découvertes de millet domestique dans la première moitié du 2e millénaire BE sont largement répandues en Afrique de l'Ouest, notamment en Mauritanie, au Mali, au Ghana, à Oursi et Tin-Akof au Burkina Faso et à Gajiganna au Nigeria. Le millet perlé avait atteint l’Inde dès la fin du 3ème millénaire BE (Manning 2010).

    A partir de 1800-1400 BE, une population d'agriculteurs produisant une nouvelle tradition céramique s'installe en Pays Dogon. Vers de 1300-800 BE, la présence d'une population importante établissant des villages et hameaux agricoles dans la vallée du Yamé est confirmée.
    Dans les dépôts du pays Dogon, des relations sont établies avec le Lac Tchad, la céramique carénées et rainurées du nord Niger de l’âge du cuivre et un collier en verre méditerranéen (Ozainne et al. 2014). Cela permet à Ozainne l’établissement d’une carte des sphères culturelles en présence, qui relie boucle du Niger et lac Tchad, en passant bien entendu par notre plaine. Cette répartition peut également faire penser à la culture Peul qui rayonne également sur l’ensemble de cette latitude, les débuts de leur sédentarisation marquant aussi la fin de la période des gravures rupestres (Dupuy 1999).

    Il semble que l’émergence de l’agriculture soit donc à mettre en parallèle de l’arrivée, au sud du Sahara, des éleveurs de bovins. Ces derniers connaissaient déjà le millet perlé pour le récolter sous sa forme sauvage au Sahara central. Il n’est donc pas impossible que les deux phénomènes soient liés. Ozainne souligne que le développement des trois grands courants culturels dans les zones subsahariennes de l'Afrique de l'Ouest, semble être principalement sous-tendu par l'expansion de l'élevage et de l'agriculture (Ozainne 2014).

    Manning (2010) a soutenu que les premiers pasteurs ont domestiqué les céréales. Blench propose un scénario inverse, à savoir que le pastoralisme n’a pu réussir que grâce à la niche créée par la domestication des céréales (Blench 2021).

    Les apports des recherches actuelles confèrent un regain d’intérêt aux onze enceintes circulaires et elliptiques inventoriées au cours des années 1980 dans le haut Tilemsi par Raimbault en 1994. Les murets de pierres qui les délimitent, circonscrivent des surfaces de quatre à onze hectares qui étaient étaient destinés à renforcer l’ancrage au sol de clôtures et/ou de haies derrière lesquelles des groupes s’adonnaient à leurs activités. Ce qui orrait faire du bas Tilemsi un terroir agricole parmi les plus anciens de l’Ouest africain (Dupuy 2022).

    Christian Dupuy esquisse également un lien entre ces zones de première expérimentation des pratiques agricoles et les monuments en croissant qui semblent apparaître aux même périodes. On rapprochera ce commentaire du site d’Ibadanan au nord Niger à l’ouest de la ville minière d’Arlit où les images satellites nous proposent un ensemble de micro-parcelles bien délimitées par des pierres enchâssées dans des monuments en croissant de très belle facture.


    Au Sahara central

    Au Sahara central, la production alimentaire la plus ancienne semble se caractériser par l'émergence de systèmes mobiles exploitant les ressources pastorales, au lieu d'une organisation sédentaire autour de l'agriculture et de l'élevage. Ce paradigme - le bétail avant les cultures - a été récemment réévalué de manière critique par Salvatori et Usai (2019), qui ont rassemblé des preuves à travers toute l'Afrique du Nord-Est de l'exploitation précoce des ressources végétales, tant sauvages que domestiquées. La culture de céréales sauvages, dont le sorgho, a été démontrée chez les fourrageurs de l'Holocène précoce dans le Sahara central dès 10 200 BP (Mercuri et al., 2018 cité par Di Lernia 2021).
    Pour Fuller, les preuves indiquent que le millet perlé sauvage était exploité dans le nord du Mali au cinquième millénaire avant BE et que la culture pré-domestique a probablement été établie au quatrième millénaire BE. L'apparition de traits morphologiques de domestication est clairement établie au milieu du troisième millénaire BE et le millet perlé domestiqué a été introduit dans les régions méridionales (Fuller et al. 2021).

    Les reconstitutions actuelles suggèrent qu'à partir de 5000 BE, le pastoralisme était la seule forme de production alimentaire adoptée dans le Fezzan, jusqu'à environ 1000 BE, lorsque la culture a été introduite dans les oasis. L'agriculture oasienne dans le Fezzan est datée d'environ 1000 ans BE (Lancelotti et Biagetti 2021).

    Les auteurs antiques, à partir d'Hérodote, nous disent que les Garamantes habitaient la région connue aujourd'hui sous le nom de Fezzan, dans le sud de la Libye. Ils pratiquaient l'agriculture, faisaient des razzias d'esclaves chez leurs voisins du sud et participaient à diverses activités. Les Garamantes pratiquaient des formes sophistiquées d'agriculture oasienne, cultivant le blé dur, l'orge, le sorgho, le coton, le raisin et les figues et ceux dès 1000 BE (Fentress et Wilson 2016).


    Et en Ighazer

    En Aïr, Ighazer et Azawagh toutefois, les meules et molettes qui purent servir au broyage des céréales, mais pas uniquement, sont très disponibles presque sur tous les sites néolithiques et même historiques. Ils pourraient s’agir donc de l’existence d’une intense cueillette de céréales sauvages, plus que d’une culture véritable (Bernus et al. 1999).

    En Ighazer, les preuves d’une agriculture sont très parcimonieuses. Au début du 2è millénaire BE, l’habitat est concentré autour des mares ou dispersé en campement, le régime alimentaire, basé sur la pêche et la chasse, tend vers plus de graminées avec peut être un début de sédentarisation et d'agriculture (Bernus et al. 1999). Dans la première moitié du 2ème millénaire BE, deux cultures coexistence au nord de l'Ighazer et en Azawagh, les conditions de vie sont de plus en plus difficiles en Azawagh du fait que les eaux de l'Ighazer wan Agadez et du Timersoï ne coulent plus régulièrement. La consommation de graminées est de plus en plus importante au cours de ce millénaire, notamment en Azawagh à Tchin Tafidet, In Tuduf, In Tekebrin et Afunfun et ce avant l'aridification sahélienne finale. En même temps, un changement technologique majeur intervient dans la céramique dont le dégraissant devient uniquement végétal. Ceci amène à penser que les populations sont dans des villages et cultivent pour s’adapter à leur milieu devenu aride.

    La fin du IIIe millénaire marque de profonds changements dans les modes de production. Ozainne décrit un scénario d’expansion de la première agriculture en Afrique de l’Ouest à partir d’une zone d’origine située dans l’est du Mali depuis 2600 BE et jusque vers 2000 BE. À partir de 1000 BE cette agriculture atteint les zones forestières. L’élevage des bovidés atteint ces régions un peu plus tardivement vers 2200 BCE (Jousse 2017 ; Le Quellec 2013 cité par Gallay 2020).

    La couverture forestière de l'Afrique sub-sahélienne soutenait des populations holocènes de faible densité. Les preuves archéo-botaniques datant d'avant 3000 BE. sont donc extrêmement rares, ce qui fournit peu de preuves de stratégies socio-économiques préexistantes. Au lieu de cela, les conditions préexistantes de la production alimentaire ouest-africaine semblent être enracinées dans les stratégies pastorales développées que l'on trouve le long des zones frontalières entre le Sahara et le Sahel. Comme l'ont noté Tafuri et al. (2006, 392), les niveaux de mobilité accrus, provoqués par l'aridité croissante, auraient inclus les échanges entre les groupes comme une autre stratégie d'adaptation, générant de vastes zones d'interaction et des territoires d'élevage qui ont agi comme un véhicule approprié pour la propagation des plantes et des animaux domestiques. (Manning 2010).

     


    Références

    Bernus E., Cressier P., Paris F., Durand A., Saliège J.-F. 1999 – Vallée de l’Azawagh, Études Nigériennes no 57, SEPIA, 422 p.
    Blench R. 2021 – The evolution of foraging and the transition to pastoralism in the Sahara.
    Di Lernia S. 2021 – Earliest Herders of the Central Sahara (Tadrart Acacus Mountains, Libya): A Punctuated Model for the Emergence of Pastoralism in Africa, Journal of World Prehistory, 34, p. 1‑64.
    Dupuy C. 1999 – Les apports de l’archéologie et de l’ethnologie à la connaissance de l’histoire ancienne des Peuls, In Figures Peules, Karthala, p. 53‑72.
    Dupuy C. 2022 – Le Tilemsi et ses abords de la préhistoire à nos jours. The Tilemsi and its surroundings from prehistoric times to the present day, in Les sociétés humaines face au changement climatique, Archaeopress Archaeology, volume. 2, p. 224‑256.
    Fentress E., Wilson A. 2016 – The Saharan Berber Diaspora and the Southern Frontiers of Byzantine North Africa, in North Africa under Byzantium and Early Islam, Dumbarton oaks research library, volume. in North Africa under Byzantium and Early Islam, p. 41‑63.
    Fuller D.Q., Barron A., Champion L., Dupuy C., Commelin D., Raimbault M., Denham T. 2021 – Transition From Wild to Domesticated Pearl Millet (Pennisetum glaucum) Revealed in Ceramic Temper at Three Middle Holocene Sites in Northern Mali, African Archaeological Review, p. 20.
    Gallay A. 2020 – Pour une histoire des peuplements pré- et protohistoriques du Sahel, Afrique : Archéologie & Arts, (16), p. 43‑76.
    Lancelotti C., Biagetti S. 2021 – Mapping Food Production in Hyper-Arid and Arid Saharan Africa in the Holocene - A View from the Present, Quaternary, 4 (2), p. 13.
    Manning K. 2010 – A developmental history of West African agriculture, In West African Archaeology: New Developments, New Perspectives, Archaeopress, p. 43‑52.
    Ozainne S. 2014 – Saharan legacies: a history of environmental, economic and cultural change in West Africa during the Late Holocene, in Archaeology, Societies and Environments in Africa. Proceedings of the XVI world congress of the IUPPS, Oxford Archaeopress, volume. 7, p. 13‑20.
    Ozainne S., Lespez L., Garnier A., Ballouche A., Neumann K., Pays O., Huysecom E. 2014 – A question of timing: spatio-temporal structure and mechanisms of early agriculture expansion in West Africa, Journal of Archaeological Science, 50, p. 359‑368.