L'Epipaléolithique

Entre le Moustérien-Atérien au débitage Levallois et l’épipaléolithique, une industrie sur lames et lamelles, on observe un hiatus de l’occupation humaine au Sahara (Camps 1974), c’est pour l'Ighazer le désert Kanémien. Les populations se sont alors réfugiées sur les marges méridionales et septentrionales de ce désert, autour de la vallée du Nil, auprès des mares ou des lacs persistants et dans des climats plus cléments en altitude.

 

1974 camps épipaleolithicA cette époque des prémices du Néolithique, et à la faveur du grand humide de l’holocène, la plaine de l'Ighazer est complètement intégrée aux massifs sahariens centraux par une influence de chasseurs pasteurs négroïdes, venus de la vallée du Nil et du Soudan septentrional. Ce sont des négroïdes robustes, chasseurs, cueilleurs, mais aussi pêcheurs parce qu'on a retrouvé beaucoup de harpons en os. Au début du néolithique, ils occupent presque tout le Sahara central et méridional.

Le grand humide au début du Xè millénaire avant notre ère, va permettre à ces populations de réinvestir le Sahara. Toutes la chaîne montagneuse du Sahara central en sera une voie principale depuis la vallée du Nil, la Nubie et le nord Soudan en particulier, qui semble un foyer de grande différenciation des industries paléolithiques récentes et épipaléolithiques. Les industries lithiques se caractérisent alors par des armatures de formes géométriques dont le nombre et la fréquence vont permettre d'établir des subdivisions. Pour Camps en 1974, les civilisations épipaléolithiques ne sont pas ou très peu issues de l'Atérien, elles sont pour la plupart allochtones en majorité orientales et offrent des faciès très diversifiés où la différenciation régionale est plus importante que la différenciation chronologiques toujours difficiles à établir (Camps 1974). D’autres, mettent en avant l’adéquation de l’espace paléogéographique Atérien qui recoupe presque exactement les frontières du domaine linguistique berbère actuel. Ce serait à l’intérieur de ce territoire, justement, et à partir de l’Atérien que vont, au fur et à mesure, s’individualiser les aires culturelles ibéromaurusiennes, capsiennes et néolithiques (Betrouni 2009).

C’est tout d’abord la civilisation ibéromaurusienne, du XIIIè ou VIIIè millénaires avant notre ère, et l’homme de Mechta el Arbi qui s’étend le long du littoral méditerranéen et telléméen, de la Tunisie au Maroc. Le Capsien se positionnera à partir du VIIè millénaire plutôt sur le Maghreb oriental et s’étendra au sud jusqu’au pied du Hoggar ainsi qu’en Cyrénaïque, ce serait des proto-méditérannéen (Camps 1974).

Les Capsien seraient issus d'une influence proche orientale et occupèrent une partie du Sahara septentrional (Tunisie et Algérie), favorisant le repli des mechtoïdes dans l'ouest maghrébin. Ils nous ont laissé des escargotières, remplies de coquillages et de mollusques qu'ils consommés abondamment. On en retrouve aux bords de la vallée de l'Azawagh datés de 8 500 BP, mais trop peu d'études permettent de relier ces escargotières entre elles. Ce régime alimentaire était complété par la chasse (porcs, bœufs, chèvres) et la cueillette d'asperge sauvage et de fenouil entre autres. Cette civilisation décorée les œufs d'autruche qui leur servaient de contenant et étaient le signe de la fécondité, tradition encore vivace chez les sahariens. Certains font des apparentements entre ces décors et les décors des berbères qui ont une spécificité artistique géométrique. Ils possédaient une industrie microlithique très raffinée. Ils se peignaient le corps avec les traditionnels ocres que l'on retrouve dans tout le Sahara, et portaient des colliers de perles en test d’œuf d’autruche. Les Capsien sont du type proto-méditerranéen, et seraient à l'origine des proto-berbères, et peuvent être considéré comme la tête de la lignée berbère en Afrique du nord, dès 7 000 BE et jusque vers 5 000 BE au Sahara méridional (Camps 1974).

Au nord du Sahara, même s’il y a moins de faciès du fait simple de populations moins sédentaires et moins nombreuses, certaines spécificités semblent faire le lien avec le Sahara central, autour de la vallée de la Saoura et jusque dans le Tidikelt algérien (Camps 1974). Mais cette influence se fait plus à partir du Sahara central qui rayonne sur l’Atlas saharien et lui amènera plus tardivement la néolithisation.


L’Ounanien

ounanien datations1974 camps épipaleolithicCette culture épipaléolithique avec pointes d'Ounan se place entre l’Atérien et le Kiffien avant 10 000 BP. Le Kiffien 9500-7400 BP est une industrie voisine de celle de l'Acacus. Le cadre, à la fois chronologique et technologique, ne fait toutefois pas consensus, et l’on peu même douter que l’Ighazer et l’Aïr aient une culture épipaléolithique au vu de la précocité du néolithique de l’Aïr. L'épipaléolithique est donc relativement discret au Sahara central, notamment du fait d’une connaissance de la céramique très précoce qui matérialise le début d’un processus de néolithisaton.

L’Abbé Breuil propose en 1930, l'Ounanien pour une industrie du nord Mali près du puits d’Ounan au sud de Taoudeni. Les pointes d'Ounan sont des lames appointées ayant à la base une longue barbelure unilatérale. Elle ne peut servir à elle seule à définir ce néolithique ancien ou cet épipaléolithique selon les auteurs, toujours associés à une industries microlithique (Amara 2013). Sa répartition géographique est relativement vaste, de l’Égypte et la Nubie aux massifs centraux du Sahara, Fezzan, Aïr, et de manière plus parcimonieuse au Sahara algérien et malien plus récents chronologiquement, suggérant une diffusion est-ouest et en faisant un marqueur des déplacements et contacts transsahariens (Vernet 2014). Cet instrument, à fonction indéterminable, suggère une armature bien fragile qui n’a pas connu de développement ultérieur au Maghreb (Amara 2013). Elle est peu connue au Maghreb, on en retrouve de manière anecdotique dans un Capsien ancien du Maghreb (Camps 1974).

Les pointes d'Ounan orientales de la vallée du Nil présentent une plus grande variation que celle du Maghreb ou du Sahara central, plus courtes, plus larges et une extrémité distale le plus souvent retouchée, elles sont nommées pointes Ounan-Harif qui signale le lien avec le proche-orient (Riemer et al. 2004).

Trois datations sont disponibles pour des sites contemporains des pointes d’Ounan, Tin Ouaffadene, Adrar Bous 10 au nord de l’Aïr (Roset 1987) et Tamaya Mellet dans la vallée de l’Azawagh (Bernus et al. 1999). Ces datations sont toutes calées sur les 8è et 9è millénaires. Les pointes d’Ounan sont également présentes sur les sites Ténéréen de l’Aïr, Clark proposant de reconnaître un Ounanien dans le Ténéré du Tafassesset et différents sites du néolithique Ténéréen (Camps 1974). Roset nous confirmant que sur tous les sites Ténéréen, on y retrouve une céramique diversifiée, des meules et molettes, une industrie lithique évoluée sur microlithes géométriques et des pointes d’Ounan (Roset 1987). Nombre de site en Ighazer possèdent des pointes d'Ounan, on notera également en Aïr, quelques sites importants, difficiles à rattacher directement au Néolithique et donc classés comme sites épipaléolithiques par leurs inventeurs. Il s'agit des sites de l'Adrar n'Kiffi et de Temet, leur particularité étant d'avoir une industrie fortement microlithique où la céramique paraît encore inexistante.

En définitive, de plus amples recherches sont nécessaires pour mieux caractériser l’Ounanien aussi bien dans son industrie que dans sa chronologie et sa répartition géographique, Desmond Clark le plaçant volontiers avant 10 000 BP entre l’Atérien et le Kiffien (cité par Gallin 2009). Dans l'ensemble, les assemblages semblent dater des 8e et 9e millénaire BP, montrant diverses caractéristiques en commun avec d'autres assemblages de cette période à travers le Sahara. Les différences régionales peuvent inclure la technique de micro-burin, et certaines caractéristiques technologiques telles que l'utilisation de la technique bipolaire peuvent suggérer des liens avec les zones subsahariennes (Clark et Brooks 2018).

Les derniers éléments sont apportés par Sereno sur le site de Gobero qui signale des artefacts ounaniens à la base du dépôt paléodunaire, suggérant que durant la phase 14 000-7700 BE, des chasseurs-cueilleurs se trouvaient dans la région de Gobero de manière transitoire car ils ne semblent pas avoir laissé de traces de sépulture dans la partie inférieure de la séquence paléodunaire (Sereno et al. 2008), argumentant ainsi un peu plus la thèse de Jean-Pierre Roset sur une origine de cette culture au Sahara méridional.

Blench établit une corrélation entre le développement des pointes d’Ounan du Sahara malien (9500-5000 BCE) et le développement du langage du proto-Niger-Congo. Les pointes de type Ounan se rencontrent au Sahara malien lors de l’optimum climatique. Elles signent selon lui la présence de l’arc, une arme qui aurait assuré une certaine suprématie sur les populations locales utilisatrices de simples lances. Il y a en effet des évidences en faveur de la possession d’arcs et de flèches chez les locuteurs Niger-Congo (Blench 2006). Ce seraient les même que celles de l’Azawagh et de l’Aïr oriental, mais diffèrent de celles identifiées en Égypte qui sont techniques différentes et plus tardives. Pour Blench le Phylum linguistique Niger-Congo qui rassemble les langues ouest-africaines et d’Afrique centrale, prendrait sa source au Sahara malien, au niveau des ensembles épipaléolithiques à pointes d’Ounan chronologiquement situés vers 12000-9500 BCE. Ces caractéristiques se retrouvent autour de l’Aïr vers 9250-8250 BCE, sans qu’il soit possible d’affirmer que ce soit le même faciès (Gallay 2020).


Références

Amara I. 2013 – « Ounanien – Pointe d’Ounan » in « Encyclopédie berbère », Editions Peeters, volume. 36, p. 5977‑5979.
Bernus E., Cressier P., Paris F., Durand A., Saliège J.-F. 1999 – Vallée de l’Azawagh, Études Nigériennes no 57, SEPIA, 422 p.
Betrouni M. 2009 – L’Atérien et les fondements théorique des cultures et du peuplement nord africains, Université de Tebessa.
Blench R. 2006 – Archaeology, language, and the African past, Lanham, MD, Etats-Unis d’Amérique, AltaMira Press.
Camps G. 1974 – Les civilisations préhistoriques de l’Afrique du Nord et du Sahara, Paris, France, Doin, 366 p.
Clark J., Brooks N. 2018 – The Archaeology of Western Sahara : A Synthesis of Fieldwork, 2002 to 2009, Oxbow Books, 256 p.
Gallay A. 2020 – Pour une histoire des peuplements pré- et protohistoriques du Sahel, Afrique : Archéologie & Arts, (16), p. 43‑76.
Gallin A. 2009 – Clark, Desmond J. et Gifford-Gonzalez, Diane (eds), 2008, Adrar Bous : Archaeology of a Central Saharan Granitic Ring Complex in Niger, Journal des Africanistes, 79 (2), p. 408‑410.
Riemer H., Kindermann K., Eickelkamp S. 2004 – Dating and production technique of Ounan points in the Eastern Sahara. New Archaeological evidence from Abu Tartur, Western Desert of Egypt., Nyame Akuma, 61, p. 10‑16.
Roset J.-P. 1987 – Néolithisation, Néolithique et post-Néolithique au Niger nord-oriental, Bulletin de l’association française pour l’étude du Quaternaire, 24‑4, p. 203‑214.
Sereno P.C. et al. 2008 – Lakeside Cemeteries in the Sahara: 5000 Years of Holocene Population and Environmental Change, PLOS ONE, 3 (8), https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0002995.
Vernet R. 2014 – Les marges préhistoriques du nord-est de la Mauritanie : le Tiris et le Zemmour, Cahiers de l’AARS, 17, p. 185‑223.